{"id":169,"date":"2019-09-09T14:27:06","date_gmt":"2019-09-09T13:27:06","guid":{"rendered":"http:\/\/jawad-boulos.org\/?p=169"},"modified":"2019-09-09T14:27:06","modified_gmt":"2019-09-09T13:27:06","slug":"lhistoire-et-ses-enseignements","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/jawad-boulos.org\/?p=169","title":{"rendered":"L\u2019HISTOIRE ET SES ENSEIGNEMENTS"},"content":{"rendered":"\n<p>I. L\u2019histoire con\u00e7ue comme science.<br>\nL\u2019histoire peut \u00eatre d\u00e9finie comme la repr\u00e9sentation actuelle, sous \nforme de narration ou d\u2019expos\u00e9 syst\u00e9matique, des faits humains accomplis\n dans le pass\u00e9.<br>\nCette perspective justifie les questions suivantes : l\u2019histoire est-elle\n intelligible ? Peut-elle prendre un caract\u00e8re scientifique ?<br>\nDans la pr\u00e9sente \u00e9tude, nous essaierons de montrer que l\u2019histoire est \ncompr\u00e9hensible, qu\u2019elle est une science qui a ses lois et qu\u2019on peut \ntirer des enseignements profitables.<br>\nI. Histoire de l\u2019histoire.<br>\nDepuis qu\u2019il existe, l\u2019homme n\u2019a jamais cess\u00e9 de se poser le probl\u00e8me de\n ses origines, de son pass\u00e9 et de son devenir. C\u2019est le besoin \ninstinctif de percer ces synth\u00e8ses qui contribua \u00e0 d\u00e9velopper, dans \nl\u2019humanit\u00e9 primitive terroris\u00e9e par l\u2019inconnaissable, les doctrines \nreligieuses et philosophiques les plus diverses et les pratiques les \nplus superstitieuses.<br>\nDevenus plus \u00e9volues, les hommes, pendant des mill\u00e9naires, ont cherch\u00e9 \u00e0\n comprendre leur destin\u00e9e en faisant intervenir, dans leur \u00e9volution \nhistorique, une puissance surnaturelle, aveugle ou intelligente, \nbienfaisante ou vengeresse, appel\u00e9e tant\u00f4t Fatalit\u00e9 et tant\u00f4t \nProvidence. Cette conception ne fait que \u00ab substituer une cause \ninconnaissable \u00e0 la cause simplement inconnue des faits \u00bb.<br>\nC\u2019est dans la Gr\u00e8ce antique, au Ve si\u00e8cle avant notre \u00e8re, que la \nr\u00e9flexion historique a \u00e9t\u00e9 r\u00e9alis\u00e9e, au moins temporairement, H\u00e9rodote \n(480-425 av. J. \u2013 C.), qu\u2019en nomme le p\u00e8re de l\u2019Histoire, note \nl\u2019importance du cadre g\u00e9ographique dans l\u2019\u00e9volution des soci\u00e9t\u00e9s \nhumaines.<br>\nContemporain d\u2019H\u00e9rodote, Thucydide (460-395) cherche d\u00e9j\u00e0 \u00ab des liens de\n causalit\u00e9 \u00bb. C\u2019est avec lui qu\u2019appara\u00eet \u00ab pour la premi\u00e8re fois la \nrecherche consciente de l\u2019intelligibilit\u00e9 des actes humains \u00bb. Thucydide\n \u00ab ne voit pas dans les \u00e9v\u00e9nements humains le r\u00e9sultat d\u2019une \nintervention divine (ou du hasard), mais la cons\u00e9quence de lois \ng\u00e9n\u00e9rales qui gouvernent le monde\u2026 C\u2019est pour n\u2019avoir pas observ\u00e9 les \nlois des choses que les hommes \u00e9chouent dans leurs entreprises \u00bb. D\u00e8s \nlors s\u2019impose la n\u00e9cessit\u00e9 de comprendre les \u00e9v\u00e9nements, en recherchant \nles causes qui les produisent.<br>\n\u00ab Avant le XIXe si\u00e8cle, Thucydide ne sera d\u00e9pass\u00e9 que par Ibn Khaldoun \n(1332-1408). Le premier est l\u2019inventeur de l\u2019Histoire. Le second marque \nl\u2019apparition de l\u2019Histoire en tant que science\u2026 (Pour Ibn Khaldoun), \u00ab \nl\u2019historien doit conna\u00eetre \u00e0 fond les causes de chaque \u00e9v\u00e9nement et les \nsources de chaque renseignement \u00bb. Le rassemblement des faits\u2026 n\u2019est pas\n un but en soi. Il doit permettre \u00e0 l\u2019historien de les expliquer et \nd\u2019aboutir \u00e0 la connaissance rationnelle du pass\u00e9 \u00bb<br>\nAu XVIIe si\u00e8cle, la pens\u00e9e historique \u00ab s\u2019ordonne par rapport \u00e0 Dieu et \u00e0\n l\u2019id\u00e9e d\u2019\u00e9ternit\u00e9 \u00bb, tout en recherchant dans les \u00e9v\u00e9nements les liens \nterrestres de causalit\u00e9 (Bossuet). Au XVIIIe si\u00e8cle, \u00ab l\u2019id\u00e9e de nature \nremplace l\u2019id\u00e9e de Dieu \u00bb. Vice recherche des lois g\u00e9n\u00e9rales dans le \nd\u00e9veloppement de l\u2019humanit\u00e9 et \u00ab voit dans l\u2019histoire l\u2019action d\u2019une \nProvidence qui impose d\u2019\u00e9ternels recommencements \u00bb. Montesquieu, \nVoltaire, \u00ab appliquant l\u2019esprit philosophique \u00e0 l\u2019\u00e9tude du pass\u00e9, \u2026 \ncherchent \u00e0 expliquer par des lois g\u00e9n\u00e9rales tout le d\u00e9veloppement de la\n civilisation \u00bb.<br>\nA partir du XIXe si\u00e8cle, \u00ab on peut dire que l\u2019histoire succ\u00e8de \u00e0 Dieu et\n \u00e0 la nature comme concept fondamental \u00bb. La transformation d\u00e9mocratique\n op\u00e9r\u00e9e par la R\u00e9volution fran\u00e7aise, dans l\u2019ordre intellectuel et \nsocial, fait passer au premier rang le r\u00f4le des peuples, jusque-l\u00e0 \nrel\u00e8gues dans le fond de la sc\u00e8ne historique. \u00ab Le succ\u00e8s des sciences \nphysiques et math\u00e9matiques am\u00e8ne l\u2019homme, non seulement \u00e0 \u00e9tudier les \nfaits historiques, mais aussi \u00e0 rechercher les lois qui gouvernent le \nd\u00e9veloppement pass\u00e9 des soci\u00e9t\u00e9s humaines \u00bb. On cherche \u00e0 expliquer \nl\u2019histoire propre \u00e0 chaque peuple par la race et le milieu, et par des \ng\u00e9n\u00e9ralisations o\u00f9 l\u2019esprit scientifique s\u2019allie au talent litt\u00e9rales \n(Guizot, Michelet, Taine, Rauke, Mommsen, etc.).<br>\nLes transformations \u00e9conomiques et sociales cons\u00e9cutives aux d\u00e9couvertes\n scientifiques et techniques, ressuscitent le sentiment historique : \u00ab \non s\u2019interroge sur les causes des bouleversements et sur leurs \ncons\u00e9quences actuelles et futures \u00bb. Des philosophes, des hommes \npolitiques tirent du pass\u00e9 des justifications de leur doctrine et de \nleurs actes. \u00ab Karl Marx \u00e9labore le mat\u00e9rialisme historique et Auguste \nCoste pr\u00eache le positivisme \u00bb.<br>\nGr\u00e2ce \u00e0 cet ensemble de travaux et \u00e0 l\u2019acc\u00e9l\u00e9ration des progr\u00e8s \ntechniques (arch\u00e9ologie, statistique, etc.), l\u2019histoire au XXe si\u00e8cle, \nentre pleinement dans la phase scientifique. Elle devient \u00ab une des \nformes de la recherche de la V\u00e9rit\u00e9 \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>2. Sens de l\u2019histoire.<br>\nL\u2019histoire a-t-elle un sens ? Est-elle intelligible ? Certains penseurs,\n historiens ou philosophes, en doutent. Ils pr\u00e9tendent que l\u2019histoire \njustifie ce que l\u2019un veut, elle s\u2019enseigne rigoureusement rien, car elle\n contient tout, et donne des exemples de tout \u00bb (P. Val\u00e9ry). \u00ab \nL\u2019histoire est ordre et d\u00e9sordre, plan et caprice, raison et hasard, \nprogr\u00e8s et recul \u00bb (S. S\u00e9diliot).<br>\nCes critiques, apparemment fond\u00e9es, seraient peut-\u00eatre valables si elles\n se rapportaient uniquement \u00e0 l\u2019histoire traditionnelle, l\u2019histoire \nnarrative, descriptive ou analytique, qui n\u2019est en somme qu\u2019une \ncollection inextricable de faits et \u00ab les \u00e9v\u00e9nements semblent brass\u00e9s \npar des remous angoissants \u00bb.<br>\nIl n\u2019en est pas de m\u00eame de l\u2019histoire synth\u00e9tique ou scientifique, qui, \nenvisagent les \u00e9v\u00e9nements dans une vue d\u2019ensemble et dans leur \nencha\u00eenement logique et continu, leur d\u00e9couvre des perspectives \nordonn\u00e9es et recherche les lois qui en r\u00e9gissent le cours. C\u2019est \ncertainement l\u2019opinion de P. Val\u00e9ry lui-m\u00eame, qui \u00ab entendait survoler \nl\u2019histoire et se refusait \u00e0 se laisser \u00ab engager \u00bb dans ses r\u00e9seaux \u00bb \n(S. Grousset). C\u2019est encore P. Val\u00e9ry qui affirme que \u00ab le pass\u00e9 agit \nsur le futur avec une puissance comparable \u00e0 celle du pr\u00e9sent m\u00eame. \nL\u2019avenir, par d\u00e9finition, n\u2019a point d\u2019image. L\u2019histoire lui donne les \nmoyens d\u2019\u00eatre pense \u00bb.<br>\nDe son c\u00f4t\u00e9, R. S\u00e9diliet reconna\u00eet, lui aussi, que \u00ab les pr\u00e9c\u00e9dents \nhistoriques ont valeur d\u2019enseignement, dans la mesure o\u00f9 l\u2019homme \nd\u2019aujourd\u2019hui ressemble \u00e0 l\u2019homme de toujours\u2026<br>\n(Or) l\u2019homme n\u2019a pas chang\u00e9 : il garde ses passions, ses pr\u00e9juges, ses \nesp\u00e9rances. Il \u00e9tait jadis comme il est aujourd\u2019hui\u2026 On le retrouve \n\u00e9ternellement semblable \u00e0 lui-m\u00eame, ni meilleur ni pire, capable de \ncharit\u00e9 ou de cruaut\u00e9, de raison ou de d\u00e9raison \u00bb.<br>\nL\u2019histoire a donc un sens, \u00e0 condition de savoir la d\u00e9chiffrer.<br>\n3. histoire traditionnelle ou analytique. Philosophie de l\u2019histoire. Histoire synth\u00e9tique ou scientifique<br>\na. L\u2019histoire traditionnelle ou analytique.<br>\nL\u2019histoire traditionnelle d\u00e9crit les faits humains, du pass\u00e9 et les \nconditions de leur encha\u00eenement, puis les situe dans leur contexte. \nC\u2019est l\u2019histoire descriptive, narrative ou analytique, \nl\u2019histoire-\u00e9rudition, consid\u00e9r\u00e9e par ses adeptes comme une fin en soi.<br>\nCe qui caract\u00e9rise l\u2019histoire traditionnelle, dont la forme est plus \nlitt\u00e9raire que philosophique ou scientifique, c\u2019est que \u00ab les faits sont\n choisis, coordonn\u00e9s, amplifi\u00e9s ou att\u00e9nu\u00e9s, soit afin d\u2019exciter \nl\u2019int\u00e9r\u00eat des lecteurs par une narration \u00e9mouvante ou curieuse, soit en \nvue de faire leur \u00e9ducation morale ou politique par des exemples tir\u00e9s \ndu pass\u00e9, soit dans le dessein de leur inspirer l\u2019administration ou le \nm\u00e9pris de tel personnage, de tel parti, de telle nation\u2026 (Tout en \ndonnant) au r\u00e9cit des faits pass\u00e9s une forme agr\u00e9able ou instructive,\u2026 \n(l\u2019histoire traditionnelle y introduit) la recherche des causes et des \ncons\u00e9quences, l\u2019id\u00e9e d\u2019un encha\u00eenement dramatique o\u00f9 semble dominer, \ntant\u00f4t le capride des volont\u00e9s et des passions humaines, tant\u00f4t une \nin\u00e9vitable fatalit\u00e9, tant\u00f4t un ordre providentiel \u00bb.<br>\nL\u2019histoire traditionnelle, \u00ab dans la premi\u00e8re moiti\u00e9 du XIXe si\u00e8cle, ne \nse distinguait pas nettement du roman historique\u2026 Il est incontestable \nque\u2026 la lecture d\u2019ouvrages historiques r\u00e9pond, pour un grand nombre de \npersonnes, soit \u00e0 une curiosit\u00e9 toute profane, soit \u00e0 un besoin \nd\u2019\u00e9motion, soit aux deux \u00e0 la fois \u00bb. Mais cette mani\u00e8re d\u2019\u00e9crire \nl\u2019histoire ne permet ni de comprendre ni, par suite, d\u2019expliquer \nl\u2019\u00e9volution historique des soci\u00e9t\u00e9s humaines. \u00ab Ranger les faits en \ns\u00e9rie dans des cadres traditionnels, raconter des vies d\u2019individus ou de\n peuples, cela n\u2019a rien \u00e0 voir avec le travail de la science, \u2014 dont le \npropre est de g\u00e9n\u00e9raliser er de d\u00e9gager des principes d\u2019explication\u2026 \nL\u2019analyse \u00e9miette le pass\u00e9 en une poussi\u00e8re de faits : ce que \nl\u2019\u00e9rudition recueille est sauv\u00e9 de l\u2019oubli, non de la mort \u00bb.<br>\n\u00ab L\u2019histoire, telle qu\u2019elle est con\u00e7ue aujourd\u2019hui, ne peut plus, comme \nau temps de Tite Live, se r\u00e9duire \u00e0 la simple narration\u2026 Il y a des \nfaits g\u00e9n\u00e9raux, tel que le mouvement des id\u00e9es, le changement des s\u0153urs,\n les lentes transformations de l\u2019organisation politique ou de l\u2019\u00e9tat \n\u00e9conomique, qui ne se traduisent pas dans la r\u00e9alit\u00e9 par des d\u00e9tails \npr\u00e9cis, qui ne sont visibles qu\u2019\u00e0 distance par la comparaison de deux \n\u00e9poques successives, et que l\u2019historien ne peut repr\u00e9senter, d\u2019une fa\u00e7on\n claire et compl\u00e8te, par la seule peinture des \u00e9v\u00e9nements et des \nactions. Or ces faits sont pr\u00e9cis\u00e9ment ceux qui ont le plus d\u2019importance\n en histoire, car ils dominent et expliquent tous les autres \u00bb.<br>\nLa valeur utilitaire de l\u2019histoire traditionnelle est donc tr\u00e8s \nm\u00e9diocre. Mais les faits qu\u2019elle recueille servent de mat\u00e9riaux qui \npermettent \u00e0 l\u2019histoire synth\u00e9tique de se constituer en une science \nv\u00e9ritable, ayant pour but de comprendre et d\u2019expliquer le pass\u00e9 et, par \nsuite, d\u2019\u00e9clairer le pr\u00e9sent.<br>\nb. Philosophie de l\u2019histoire.<br>\nUne autre mani\u00e8re d\u2019exposer l\u2019\u00e9volution historique des soci\u00e9t\u00e9s humaines\n est la philosophie de l\u2019histoire, qui \u00ab applique l\u2019esprit philosophique\n \u00e0 l\u2019\u00e9tude du pass\u00e9 \u00bb. Elargissant le cadre de l\u2019histoire \ntraditionnelle, \u00ab elle cherche \u00e0 expliquer par des lois g\u00e9n\u00e9rales tous \nle d\u00e9veloppement de la civilisation \u00bb.<br>\nC\u2019est \u00e0 partir du XIXe si\u00e8cle que l\u2019histoire, comme probl\u00e8me \nphilosophique, a pris une importance sans cesse croissante. Pour Hegel, \u00ab\n le r\u00e9el et le rationnel ne faisant qu\u2019un, l\u2019histoire accomplit une \nrationalit\u00e9 permanente \u00bb. Le philosophe qui, en sa qualit\u00e9 de philosophe\n s\u2019occupe de l\u2019histoire, disait Fich\u00e9e, suit le cours a priori du plan \ndu monde, lequel plan est clair pour lui, sans qu\u2019il ait aucunement \nbesoin du secours de l\u2019histoire ; s\u2019il fait usage de l\u2019histoire, ce \nn\u2019est pas pour lui demander la d\u00e9monstration de quoi que ce soit\u2026, c\u2019est\n seulement pour confirmer par des exemples et utiliser, dans le monde \nr\u00e9el de l\u2019histoire, ce qui a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 compris sans avoir recours \u00e0 son \naide\u2026 La philosophie de l\u2019histoire\u2026 se passe de l\u2019analyse (domaine de \nl\u2019histoire traditionnelle) ou elle la domine \u00bb<br>\n\u00ab Les philosophes de l\u2019histoire et peut-\u00eatre aussi les th\u00e9ologies de \nl\u2019histoire\u2026 c\u00e8dent \u00e0 l\u2019esprit se synth\u00e8se ou se font l\u2019interpr\u00e8te de \nquelque messianisme\u2026 Or l\u2019histoire est pr\u00e9cis\u00e9ment ce qu\u2019il y a de plus \ncontraire \u00e0 l\u2019esprit de synth\u00e8se. L\u2019histoire, r\u00e9alit\u00e9 concr\u00e8te et \nmouvante, exp\u00e9rience humaine, est infiniment plus vari\u00e9e, plus complexe,\n plus riche de possible que ne le disent et ne le donnent \u00e0 penser les \nsp\u00e9culations du syst\u00e8me \u00bb. \u00ab La v\u00e9rit\u00e9 de l\u2019histoire est une v\u00e9rit\u00e9 de \nfait, non une v\u00e9rit\u00e9 rationnelle \u00bb (J. Maritain).<br>\nc. L\u2019histoire synth\u00e9tique ou scientifique.<br>\nSynth\u00e8se historique ou histoire-science.<br>\nL\u2019histoire synth\u00e9tique ou scientifique \u00ab a des caract\u00e8res oppos\u00e9s \u00e0 ceux de la philosophie de l\u2019histoire \u00bb (H. Berr).<br>\nA la diff\u00e9rence de cette derni\u00e8re, qui ne fait usage des faits du pass\u00e9 \nque pour confirmer un syst\u00e8me ou une explication a priori, \u00ab l\u2019histoire,\n au point de vue scientifique, c\u2019est la recherche des causes qui, \u00e0 \npartir des origines et \u00e0 travers bien des crises, ont produit, ont promu\n la civilisation \u00bb.<br>\nEn mati\u00e8re scientifique, en effet, il ne suffit pas de savoir, il faut \nencore comprendre et expliquer, c\u2019est-\u00e0-dire \u00ab assimiler \u00bb les faits \nobserv\u00e9s, chercher leurs articulations et leur encha\u00eenement logique, \u00ab \nen s\u2019effor\u00e7ant de pr\u00e9ciser la nature des causes qui y interviennent \u00bb. \u00ab\n Pour la science, la cause d\u2019un ph\u00e9nom\u00e8ne\u2026 (est) un autre ph\u00e9nom\u00e8ne qui \nse trouve li\u00e9 \u00e0 lui par un rapport constant \u00bb (L\u00e9noble). \u00ab Il n\u2019y a de \nscience que du g\u00e9n\u00e9ral \u00bb (Aristote).<br>\nPour devenir scientifique, c\u2019est-\u00e0-dire intelligible et explicable, \nl\u2019histoire doit donc ressusciter le pass\u00e9, en assimilant les faits \nobserv\u00e9s et en cherchant \u00e0 reconstituer les causes qui les ont produits.\n \u00ab Comme les \u00e9l\u00e9ments chimiques ont g\u00e9n\u00e9ralement besoin d\u2019une \n\u00e9laboration biologique pr\u00e9alable pour se changer en substance humaine, \nles mat\u00e9riaux d\u2019\u00e9rudition doivent \u00eatre \u00e9labores par la synth\u00e8se pour \nservir \u00e0 la vie spirituelle \u00bb.<br>\nL\u2019histoire scientifique se pr\u00e9occupe donc, non seulement d\u2019\u00e9tablir et \nd\u2019analyser les faits pass\u00e9s, mais aussi \u00ab de rapprocher les faits \nsemblables, \u00e0 quelque moment qu\u2019ils se soient produits, pour en tirer \ndes lois de r\u00e9p\u00e9tition, et d\u2019expliquer, en un mot, pour quelles raisons \nprofondes, dans telles conditions, tel peuple, tel groupement \nd\u2019individus devra n\u00e9cessairement se trouver entrain\u00e9 \u00e0 telle conduite \u00bb \n(13).<br>\nAinsi con\u00e7ue, l\u2019histoire est une v\u00e9ritable science, \u00ab une des formes de \nla connaissance exp\u00e9rimentale de l\u2019univers : elle repr\u00e9sente \u00e0 nos yeux \nson \u00e9volution pass\u00e9e, comme les sciences de la nature nous montrent \nl\u2019\u00e9tat pr\u00e9sent de celle-ci \u00bb (14). Science conjecturale, disent certains\n penseurs lins au sceptimisme ou trop port\u00e9s \u00e0 rejeter ce qui n\u2019est pas \nsusceptible de preuves rigoureuses. Mais toutes les sciences \nexp\u00e9rimentales sont en grande partie conjecturales. \u00ab Le fait que la \nconjoncture ou l\u2019hypoth\u00e8se joue un r\u00f4le dans une discipline n\u2019est pas \nincompatible avec le caract\u00e8re scientifique de cette discipline. En \nbiologie ou en psychologie nous avons une part consid\u00e9rable de \nconjecture, et n\u00e9anmoins ce sont des sciences \u00bb (15).<br>\nC\u2019est \u00ab par les id\u00e9es de nombre, de figure g\u00e9om\u00e9trique ou de vecteur, \n(que) la physique a essay\u00e9 de comprendre la nature \u00bb (P. Vendry\u00e8s). La \nconstatation de faits empiriques, tels que les positions des astres et \nd\u2019autres ph\u00e9nom\u00e8nes, a permis d\u2019\u00e9tablir les lois de la m\u00e9canique \nc\u00e9leste. Les travaux des botanistes et des zoologistes ont fourni aux \nbiologistes les moyens de formuler des th\u00e9ories de la vie et de \nl\u2019\u00e9volution.<br>\nLa science historique n\u2019est donc pas une suite de faits, mais leur \nsynth\u00e8se. Les faits du pass\u00e9 sont les mat\u00e9riaux dont cette science a \nbesoin pour se continuer, et \u00ab sans lesquels la synth\u00e8se ne peut \u00eatre \nque de la m\u00e9taphysique ou de la litt\u00e9rature \u00bb (H. Berr). \u00ab Une \ncollection de faits n\u2019a pas plus de valeur scientifique qu\u2019une \ncollection de timbres-postes ou de coquillages \u00bb (H. Berr). \u00ab On fait la\n science avec des faits, comme on fait une maison avec des pierres ; \nmais une accumulation de faits n\u2019est pas plus une science qu\u2019un tas de \npierres n\u2019est une maison \u00bb.<br>\nD\u2019ailleurs, en qui, dans l\u2019histoire, est mati\u00e8re \u00e0 science, ce sont \nmoins les d\u00e9tails et les petits faits, qui sont souvent douteux, ou \nincomplets, que les grands \u00e9v\u00e9nements et ph\u00e9nom\u00e8nes g\u00e9n\u00e9raux, qui ne \nsont gu\u00e8re contestables, en g\u00e9n\u00e9ral.<br>\nEn conclusion, pour ramener les faits historiques \u00e0 des principes \nexplicatifs, \u00ab l\u2019analyse et la synth\u00e8se sont logiquement ins\u00e9parables \u00bb \n(H. Berr). L\u2019histoire scientifique est donc \u00e0 la fois analytique et \nsynth\u00e9tique, une histoire totale. \u00ab La dissociation de ceux qui \u00e9tudient\n l\u2019histoire et de ceux qui pr\u00e9tendent l\u2019expliquer, nuit \u00e0 la fois \u00e0 \nl\u2019int\u00e9r\u00eat des \u00e9tudes et au s\u00e9rieux des explications \u00bb (R. R\u00e9mond).<br>\nMais l\u2019histoire scientifique ou totale, o\u00f9 de nombreuses connaissances \nhumaines sont \u00e0 fusionner, ne peut plus \u00eatre le fait d\u2019un homme seul. \nElle \u00ab est devenue de nos jours une \u0153uvre collective \u00e0 laquelle \ncollaborent une foule de travailleurs, \u2026 qui de loin s\u2019entraident, \napportent chacun une pierre \u00e0 l\u2019\u00e9difice commun \u00bb (P. Viollet). D\u2019o\u00f9 la \nn\u00e9cessit\u00e9 pour l\u2019historien, pour faire b\u00e9n\u00e9ficier son \u0153uvre des efforts \nde ses devanciers, de recourir de plus en plus \u00e0 la bibliographie.<br>\n4. Causes g\u00e9n\u00e9rales ou lois historiques<br>\na. Nature des lois historiques.<br>\nToute succession a des causes et a des lois \u00bb (Brunhes).<br>\nDans toute \u00e9volution, les phases successives, comme les maillons d\u2019une \ncha\u00eene, sont reli\u00e9es entre elles. \u00ab Ce que nous appelons le pr\u00e9sent \nn\u2019est que la r\u00e9sultante temporaire, le r\u00e9sume actuel de toute la s\u00e9rie \ndes faits que l\u2019activit\u00e9 humaine, se d\u00e9veloppant au sein du monde \nmat\u00e9riel, a produits pendant les si\u00e8cles ant\u00e9rieurs \u00bb.<br>\nL\u2019histoire scientifique, qui a pour but de comprendre et d\u2019expliquer les\n \u00e9v\u00e9nements historiques, \u00ab se fait,\u2026 comme explication du pass\u00e9, par \nl\u2019\u00e9tude des causes \u00bb (Berr). Dans l\u2019\u00e9volution historique des soci\u00e9t\u00e9s \nhumaines, les \u00e9v\u00e9nements successifs sont \u00e0 la fois des causes et des \ncons\u00e9quences. Ces causes sont, les unes, profondes, lointaines, \ng\u00e9n\u00e9rales, les autres, directes, imm\u00e9diates, particuli\u00e8res. Les causes \nlointaines ou g\u00e9n\u00e9rales d\u00e9terminent ou rendent possibles les \u00e9v\u00e9nements ;\n les causes directes ou imm\u00e9diates les provoquent ou les d\u00e9clenchent. \u00ab \nIl n\u2019y a pas de faits sans cause, cela peut dire, scientifiquement : \ntout fait est d\u00e9termin\u00e9, r\u00e9sulte, n\u00e9cessairement d\u2019un ensemble des \nconditions. A d\u00e9faut d\u2019intelligibilit\u00e9, nous postulons le d\u00e9terminisme \n(ou le hasard). Le d\u00e9terminisme n\u2019explique pas le nouveau, mais \nl\u2019escamote, en quelque sorte\u2026 Rien ne na\u00eet de rien ; il n\u2019y a pas de \ncommencement absolu ; ce qui appara\u00eet \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 \u00bb (19).<br>\nAussi, le travail de l\u2019historien qui veut atteindre la v\u00e9rit\u00e9 historique\n doit-il s\u2019orienter vers la recherche de la cause, vers un \napprofondissement du \u00ab principe de causalit\u00e9 \u00bb, suivant lequel \u00ab tout a \nune cause, et, dans les m\u00eames conditions, les m\u00eames causes produisent \nles m\u00eames effets \u00bb.<br>\nA cet effet, l\u2019histoire scientifique tend \u00e0 la fois \u00e0 \u00e9tablir des faits \ng\u00e9n\u00e9raux, qui se d\u00e9gagent de la vari\u00e9t\u00e9 des faits particuliers, et \u00e0 \nd\u00e9couvrir des causes g\u00e9n\u00e9rales ou \u00ab lois historiques \u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire \n\u2018des rapports r\u00e9guliers et permanents, par lesquels on puisse expliquer \nl\u2019encha\u00eenement des faits observ\u00e9s \u00bb (Mortet). \u00ab L\u2019expression de \u2018loi \nhistorique\u2019 d\u00e9signe des faits humains d\u2019un caract\u00e8re g\u00e9n\u00e9ral, en \nrelation \u00e9troite avec les faits singuliers \u00bb (H. Berr). Fond\u00e9e sur \nl\u2019exp\u00e9rience et sur le raisonnement, la science historique d\u00e9duit, de \nl\u2019\u00e9volution des soci\u00e9t\u00e9s humaines, des lois de succession, l\u2019\u00e9volution, \nde r\u00e9p\u00e9tition, etc.<br>\nA la diff\u00e9rence des lois humaines, qui sont des r\u00e8gles pr\u00e9cises \u00e9tablies\n par le l\u00e9gislateur, les lois scientifiques sont \u00ab l\u2019expression du \nrapport n\u00e9cessaire qui lie entre eux des ph\u00e9nom\u00e8nes naturels \u00bb (lois \nnaturelles) ou sociaux (lois historiques). \u00ab Il est inexact de dire que \nles lois (naturelles ou historiques) r\u00e9gissent les ph\u00e9nom\u00e8nes. Elles ne \nsont pas pos\u00e9es avant les choses, elles les apposent ; elles n\u2019expriment\n que les rapports qui d\u00e9rivent de leur nature pr\u00e9alablement r\u00e9alis\u00e9e \u00bb. \nOn pourrait dire, en somme, que \u00ab les lois historiques \u00e9clairent les \n\u00e9v\u00e9nements sans les n\u00e9cessiter \u00bb.<br>\nIl en r\u00e9sulte que les lois de l\u2019histoire (lois de succession, \nd\u2019\u00e9volution, de r\u00e9p\u00e9tition, etc.) se d\u00e9gagent des manifestations \nsuccessives de l\u2019activit\u00e9 humaine, consid\u00e9r\u00e9es dans une vue d\u2019ensemble \net dans leur encha\u00eenement logique et continu. D\u2019autre part, on ne doit \ns\u2019attacher qu\u2019aux faits habituels ou r\u00e9guliers, qui se reproduisent \nd\u2019une mani\u00e8re constante ou p\u00e9riodique. Les faits exceptionnels, \nfussent-ils essentiels ou d\u00e9cisifs, ne pr\u00e9sentent g\u00e9n\u00e9ralement, les uns \navec les autres, qu\u2019une similitude apparente, et aboutissent tr\u00e8s \nsouvent \u00e0 des fins diff\u00e9rentes et m\u00eame oppos\u00e9es. En cons\u00e9quence, le \npanorama historique doit \u00eatre regard\u00e9 de tr\u00e8s haut, pour embrasser le \nplus d\u2019espace et de temps possible et d\u00e9couvrir les faits r\u00e9guliers \nconstants ou p\u00e9riodiques, ainsi que la continuit\u00e9 de leur encha\u00eenement. \u00ab\n Les grands faits de l\u2019histoire ne se dessinent que vue des hauteurs, \ntandis que, au sol m\u00eame, le trac\u00e9 s\u2019embrouille ou m\u00eame s\u2019efface \u00bb (R. \nGrousset).<br>\nb. Recherche des lois historiques.<br>\nAu milieu de l\u2019immense vari\u00e9t\u00e9 des faits du pass\u00e9, l\u2019histoire observe \u00ab \nun assez grand nombre de similitudes et de concordance pour pouvoir \ndistribuer ces faits particuliers en groupes distincts et en d\u00e9gager des\n faits g\u00e9n\u00e9raux. Elle constate que, dans l\u2019encha\u00eenement des faits \nsociaux, beaucoup de rapports de succession se r\u00e9p\u00e8tent avec assez de \npersistance et d\u2019uniformit\u00e9 pour qu\u2019un grand nombre de faits \nparticuliers puissent \u00eatre expliqu\u00e9s par des causes g\u00e9n\u00e9rales et \nparaissent r\u00e9gis par des lois\u2026<br>\n\u00ab Il faut d\u2019abord distinguer, dans l\u2019histoire, les d\u00e9tails et les grands\n faits. Les d\u00e9tails, r\u00e9sultant presque toujours de t\u00e9moignages isol\u00e9s ou\n peu nombreux,\u2026 sont souvent douteux, incomplets ou mensongers, si on \nles prend \u00e0 la lettre. Mais, en somme, cela importe peu car ce n\u2019est pas\n en ces d\u00e9tails que consiste la science historique\u2026 Au contraire ce qui,\n dans l\u2019histoire, est mati\u00e8re \u00e0 science, ce sont les grands faits, \n\u00e9v\u00e9nements d\u00e9cisifs ou ph\u00e9nom\u00e8ne g\u00e9n\u00e9reux\u2026 Or, pour les faits de ce \ngenre, il n\u2019y a gu\u00e8re d\u2019incertitudes si, dans le d\u00e9tail de leurs causes \nimm\u00e9diates et de leur mode d\u2019ex\u00e9cution, ils donnent prise aux doutes, \nils y \u00e9chappent en ce qui concerne leur existence et leur r\u00e9sultat\u2026<br>\n\u00ab Parmi les faits pass\u00e9s,\u2026 les uns (guerres, r\u00e9volutions, inventions, \netc.) paraissent accidentels et se reproduisent rarement dans les m\u00eames \nconditions ; les autres (relations sociales, ph\u00e9nom\u00e8nes \u00e9conomiques, \nusages priv\u00e9s, institutions publiques, etc.) ont l\u2019apparence d\u2019actes \nhabituels et r\u00e9guliers qui\u2026 se renouvellent, dans la m\u00eame soci\u00e9t\u00e9, avec \nplus ou moins de fr\u00e9quence et d\u2019uniformit\u00e9\u2026 Les faits accidentels \npeuvent s\u2019expliquer par des causes particuli\u00e8res (volont\u00e9 humaine, \nhasard, etc.)\u2026 Les faits habituels et r\u00e9guliers peuvent \u00eatre aussi \nquelquefois le r\u00e9sultat de la volont\u00e9 humaine\u2026 Mais en un grand nombre \nde cas, la r\u00e9gularit\u00e9 que l\u2019on observe dans les ph\u00e9nom\u00e8nes sociaux ne \npeut \u00eatre le r\u00e9sultat d\u2019un ordre \u00e9tabli par les volont\u00e9s humaines. \nBeaucoup d\u2019actes individuels qui semblent \u00eatre spontan\u00e9s, et par \ncons\u00e9quent incertains et capricieux si on les consid\u00e8re isolement, se \npr\u00e9sentent au contraire avec une r\u00e9gularit\u00e9 presque math\u00e9matique \nlorsqu\u2019on les prend en sasse pendant une p\u00e9riode de quelque \u00e9tendue\u2026<br>\n\u00ab Il faut donc admettre, en dehors et au-dessus de l\u2019homme, un ensemble \nde causes g\u00e9n\u00e9rales agissant sur lui d\u2019une mani\u00e8re identique et \npermanente, quoique \u00e0 des degr\u00e9s variables, un ordre sup\u00e9rieur r\u00e9glant \nson d\u00e9veloppement social comme son d\u00e9veloppement individuel. On peut \nm\u00eame aller plus loin et se demander si les faits r\u00e9guliers,\u2026 et si les \nfaits accidentels que nous expliquons par des causes volontaires ou \nfortuites, ne sont point en grande partie d\u00e9termines aussi par les m\u00eames\n causes g\u00e9n\u00e9rales\u2026<br>\n\u00ab La recherche de ces causes g\u00e9n\u00e9rales\u2026 (am\u00e8ne) \u00e0 entrevoir, dans \nl\u2019histoire, des lois naturelles, analogues \u00e0 celles qui gouvernent le \nmonde physique. C\u2019est par l\u2019action r\u00e9guli\u00e8re et permanente de ces lois \nque l\u2019on explique les faits g\u00e9n\u00e9raux, et l\u2019on y rattache indirectement \nla plupart des faits particuliers\u2026 On a conclu que les ph\u00e9nom\u00e8nes \nsociaux devaient \u00eatre soumis, comme les ph\u00e9nom\u00e8nes de la vie \nindividuelle, d\u2019une part \u00e0 des lois de coexistence, qui lieraient les \nuns aux autres les divers organes et les diverses fonctions du corps \nsocial, d\u2019autre part \u00e0 des lois de succession, qui en d\u00e9termineraient \nl\u2019\u00e9volution historique\u2026<br>\n\u00ab Lorsqu\u2019on embrasse par une vue d\u2019ensemble les diverses p\u00e9riodes de \nl\u2019histoire d\u2019une m\u00eame nation, ou que l\u2019on fait l\u2019histoire compar\u00e9e des \ndiverses soci\u00e9t\u00e9s humaines, on observe que, dans un grand nombre de cas,\n les m\u00eames circonstances physiques ou les m\u00eames influences morales ont \namen\u00e9 les m\u00eames faits historiques ; que, dans d\u2019autres cas, o\u00f9 ces \nconditions g\u00e9n\u00e9rales ont vari\u00e9, les faits historiques ont aussi \u00e9t\u00e9 \nmodifi\u00e9s : on est en droit de conclure\u2026 qu\u2019il existe, entre ces \nconditions et les faits cons\u00e9quents, un rapport naturel fort analogue \u00e0 \nune loi. Les conditions g\u00e9n\u00e9rales qui influent de la morte sur le \nd\u00e9veloppement des soci\u00e9t\u00e9s peuvent se ramener aux suivantes : a. Le \nmilieu g\u00e9ographique ; \u2014 b. La culture intellectuelle et morale ; \u2014 c. \nLes n\u00e9cessit\u00e9s de la lutte pour l\u2019existence ; \u2014 d. Les caract\u00e8res \npropres \u00e0 la race ; \u2014 e. La solidarit\u00e9 historique et l\u2019imitation \nsociale\u2026<br>\na. Le milieu physique r\u00e9sulte \u00e0 la fois du climat, de la nature du sol \net de la situation g\u00e9ographique. Le climat stimule ou ralentit \nl\u2019activit\u00e9 de l\u2019homme\u2026 \u2014 Le sol\u2026 influe sur la nourriture de l\u2019homme, \nsur l\u2019accroissement de la population, sur la production et la \nr\u00e9partition des richesses, par suite, sur la formation des classes \nsociales et le d\u00e9veloppement des institutions politiques\u2026 \u2014 La situation\n g\u00e9ographique d\u2019une r\u00e9gion d\u00e9termine en grande partie la forme et la \ndirection que prend l\u2019activit\u00e9 du peuple qui l\u2019habite\u2026<br>\nc. N\u00e9cessit\u00e9 de la lutte pour l\u2019existence. C\u2019est un fait incontestable \nque dans l\u2019esp\u00e8ce humaine, comme dans les esp\u00e8ces animales, la \nconcurrence vitale met sans cesse aux prises les divers groupes sociaux \nainsi que les individus du m\u00eame groupe. Cette lutte pour l\u2019existence \nprend des formes diverses, suivant le degr\u00e9 de civilisation des \nsoci\u00e9t\u00e9s\u2026<br>\nd. Les caract\u00e8res propres \u00e0 la race. Sous l\u2019influence du milieu \nphysique, de la culture intellectuelle et morale et des n\u00e9cessit\u00e9s de la\n lutte pour l\u2019existence, chacune des grandes soci\u00e9t\u00e9s ou races humaines \nse distingue des autres par un certain nombre de traits particuliers, \nque l\u2019h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 transmet d\u2019une mani\u00e8re plus ou moins visible \u00e0 tous les \nindividus du m\u00eame groupe et qui composent le type propre de cette race. \nQuelques uns de ces traits sont physiques, comme la couleur de la peau \nou la forme du cr\u00e2ne ; mais la plupart et les plus importants sont \npsychologiques et se rapportent \u00e0 l\u2019intelligence et au caract\u00e8re \u00bb.<br>\n5. D\u00e9terminisme et libre arbitre.<br>\nDoit-0n admettre une sorte de d\u00e9terminismes historique, analogue au \nd\u00e9terminisme physique, qui, gouvernant le comportement des hommes, \ncommanderait souverainement leurs actes et leurs destins ?<br>\nLes adeptes du d\u00e9terminisme absolu l\u2019affirment, puisqu\u2019ils \u2018envisagent \nl\u2019\u00e9tat pr\u00e9sent de l\u2019univers comme l\u2019effet de son \u00e9tat ant\u00e9rieur et comme\n la cause de ce qui va suivre \u00bb. Pour eux, si l\u2019intelligence humaine \nconnaissent toutes les forces dont la nature est anim\u00e9e, \u00ab rien ne \nserait incertain pour elle, et l\u2019avenir, comme le pass\u00e9, serait pr\u00e9sent \u00e0\n ses yeux \u00bb. Elle saurait alors d\u00e9duire et pr\u00e9dire la conduite de chacun\n en toute circonstance.<br>\nEn r\u00e9alit\u00e9, le d\u00e9terminisme historique est r\u00e9el, mais non absolu. A la \ndiff\u00e9rence de la science physique, o\u00f9 le principe de causalit\u00e9 a amen\u00e9 \u00e0\n la doctrine du d\u00e9terminisme universel, l\u2019histoire, o\u00f9 l\u2019\u00e9v\u00e9nement futur\n comporte plusieurs cas possibles, est une science conjecturale. \nL\u2019homme, en effet, guid\u00e9 par sa volont\u00e9 libre, \u00e9chappe partiellement \u00e0 \nl\u2019influence des lois naturelles. Le jeu des passions et des volont\u00e9s \nparticuli\u00e8res introduit, dans la plupart des actes humains, des \u00e9l\u00e9ments\n que l\u2019on ne peut pr\u00e9voir ni expliquer par la seule action des causes \ng\u00e9n\u00e9rales. La libert\u00e9 r\u00e9elle ou apparente, qui concourt \u00e0 la production \nde la plupart de ces actes, ne permet pas de les rattacher aux lois de \nla science physique. \u00ab Entre les \u00e9v\u00e9nements, il reste toujours quelque \nintervalle libre dans lequel la volont\u00e9 humaine puisse d\u00e9velopper ses \npropres chances \u00bb (J. Maritain). Aussi, dans la grande complexit\u00e9 avec \nlaquelle s\u2019encha\u00eenent et se combinent les ph\u00e9nom\u00e8nes sociaux, \nsubsiste-t-il presque toujours une part plus ou moins large d\u2019apparente \nspontan\u00e9it\u00e9, dont peut b\u00e9n\u00e9ficier la doctrine de la libert\u00e9.<br>\nIl est incontestable que l\u2019activit\u00e9 intellectuelle et morale, dont \nchaque homme est dou\u00e9 \u00e0 des degr\u00e9s divers, le rend ma\u00eetre d\u2019une partie \nde ses actes. Ceux-ci peuvent \u00eatre modifies de mille fa\u00e7ons, soit par \nl\u2019\u00e9nergie propre de l\u2019homme soit par l\u2019influence de son entourage. \nAussi, dans l\u2019\u00e9volution de chaque groupe social, l\u2019impulsion des \nvolont\u00e9s qui le dirigent et celle des causes ext\u00e9rieures dont il subit \nl\u2019action am\u00e8nent-elles d\u2019innombrables diversit\u00e9s.<br>\nMais \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de cet \u00e9l\u00e9ment variable apport\u00e9 par l\u2019activit\u00e9 libre de \nl\u2019homme, chaque individu subit, \u00e0 tout instant de son existence, \nl\u2019influence de ses tendances h\u00e9r\u00e9ditaires et de ses habitudes acquises \net celle du milieu physique ou social dans lequel il se trouve plac\u00e9. \nAussi, la part de la libert\u00e9, dans les manifestations de l\u2019activit\u00e9 \nindividuelle, est-elle en somme fort restreinte.<br>\nD\u2019autre part, \u00ab il y a. dans la constitution physique et morale de \nl\u2019homme, des caract\u00e8res fixes et permanents que d\u00e9terminent l\u2019anatomie, \nla physiologie et la psychologie. Les races et les soci\u00e9t\u00e9s humaines \nsont soumises \u00e0 un certain nombre de conditions ethnologiques ou \n\u00e9conomiques qui ne changent pas \u00bb. Or, ces caract\u00e8res fixes et \npermanents, qui sont le principal moteur de l\u2019activit\u00e9 libre de l\u2019homme,\n sont, de l\u2019avis de tous les biologistes, le produit combin\u00e9 de \nl\u2019h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 et du milieu physique. Les hommes font partie int\u00e9grante du \ncadre naturel o\u00f9 ils vivent. \u00ab Ces \u00eatres humains, en eux-m\u00eames et par \neux-m\u00eames, sont des faits de surface et partant des faits g\u00e9ographiques.\n Ils sont soumis aux conditions atmosph\u00e9riques et terrestres\u2026 en outre, \nils vivent sur la terre : c\u2019est en se subordonnant eux-m\u00eames aux faits \nnaturels qu\u2019ils assurent \u00e0 leur corps l\u2019entretien indispensable et \u00e0 \nleurs facult\u00e9s le d\u00e9veloppement et l\u2019\u00e9panouissement \u00bb.<br>\n\u00ab Agir suivant sa pens\u00e9e est ce qu\u2019il y a de plus difficile \u00bb, disait \nGoethe. Car l\u2019univers r\u00e9siste \u00e0 la pens\u00e9e discursive\u2026 Le courage \nlui-m\u00eame d\u00e9pend des nerfs, des organes, donc de la mati\u00e8re\u2026 \nL\u2019intelligence n\u2019est efficace que si elle colle au r\u00e9el \u00bb.<br>\n\u2018Si l\u2019on consid\u00e8re, dans leur ensemble, les volont\u00e9s individuelles dont \nse compose une soci\u00e9t\u00e9, on remarquera que toutes leurs d\u00e9terminations \nsont le r\u00e9sultat combin\u00e9 de deux groupes de causes : d\u2019une part, les \nconditions g\u00e9n\u00e9rales du pays et de la race, les influences morales, \n\u00e9conomiques qui s\u2019exercent sur le peuple entier\u2026, d\u2019autre part, la \ngrande vari\u00e9t\u00e9 d\u2019influences sp\u00e9ciales \u00e0 l\u2019individu, son temp\u00e9rament, sa \nparente, ses relations, ses habitudes, enfin ses propres efforts \nvolontaires et conscients. Or les influences sp\u00e9ciales \u00e0 chaque individu\n sont limit\u00e9es dans leurs variations par les influences g\u00e9n\u00e9rales \nauxquelles chacun d\u2019eux ob\u00e9it inconsciemment, de sorte que, si leurs \nactes volontaire, a compar\u00e9s les uns aux autres, paraissent tr\u00e8s divers \net tr\u00e8s particuli\u00e8re, ils donnent, pris en masse, un r\u00e9sultat collectif \no\u00f9 la plupart des diversit\u00e9s se neutralisent r\u00e9ciproquement, et qui \napproche d\u2019une quantit\u00e9 constante. La statistique a pu grouper ainsi par\n p\u00e9riodes les actes individuels les plus spontan\u00e9s, tels que les \nmariages, les productions industrielles, les \u0153uvres artistiques, les \nd\u00e9lits, et constater que, dans leurs variations, ils ne s\u2019\u00e9cartent gu\u00e8re\n d\u2019une certaine moyenne. Ces actes peuvent donc se concilier avec l\u2019id\u00e9e\n d\u2019un ordre g\u00e9n\u00e9ral qui gouverne la succession des faits historiques\u2026<br>\n\u00ab Pour conclure, si les faits accidentels (cataclysmes, famines, \n\u00e9pid\u00e9mies, hasards d\u2019une bataille, etc.) et les volont\u00e9s particuli\u00e8res \nam\u00e8nent dans l\u2019encha\u00eenement des faits historiques d\u2019incessantes \nvariations, ils restent cependant subordonnes, dans leur ensemble, aux \nrapports naturels qui lient le d\u00e9veloppement historique des soci\u00e9t\u00e9s aux\n conditions physiques et morales dans lesquelles elles sont plac\u00e9es. Ces\n rapports conservent donc un caract\u00e8re de permanence et de r\u00e9gularit\u00e9 \nrelatives, qui permet de les assimiler \u00e0 des lois \u00bb.<br>\nEn conclusion, les lois historiques, dans l\u2019\u00e9tat actuel des \nconnaissances humaines, n\u2019ont pas le caract\u00e8re rigoureux et immuable des\n lois physiques. Elles sont si complexes qu\u2019on ne pourra pas ramener au \npur d\u00e9terminisme le d\u00e9veloppement des soci\u00e9t\u00e9s, apparente ou r\u00e9elle, la \nlibert\u00e9 humaine u jouera toujours un grand r\u00f4le.<br>\nOn peut dire qu\u2019il y a du d\u00e9terminisme en histoire, puisque les hommes \nne sont pas parfaitement ind\u00e9pendants de leur milieu ext\u00e9rieur, qu\u2019ils \nvivent sur la terre et qu\u2019ils sont soumis \u00e0 de nombreuses conditions \nnaturelles. Mais il y a de la probabilit\u00e9 en histoire, parce que les \nhommes sont relativement autonomes, physiologiquement et mentalement. En\n d\u2019autres termes, l\u2019histoire n\u2019est pas absolument d\u00e9termin\u00e9e tout homme \ngarde, dans la vie, une grande partie de libert\u00e9. Mais elle est \nconditionn\u00e9e de nombreuses influences ext\u00e9rieures, g\u00e9ographiques, \n\u00e9conomiques, etc., modifient la conduite des hommes. Plus puissante et \nplus constante que l\u2019activit\u00e9 humaine, l\u2019action des forces naturelles \noppose \u00e0 celle-ci des bornes et des obstacles qui en restreignent \nl\u2019\u00e9tendue. Favoris\u00e9e ou entrav\u00e9e par les influences naturelles, \nl\u2019initiative humaine se heurte \u00e0 des conditions restrictives qui rendent\n son action pr\u00e9caire et son r\u00f4le secondaire.<br>\nII. Utilit\u00e9 et enseignements de l\u2019histoire.<br>\nI. L\u2019histoire, \u00e9cole d\u2019exp\u00e9riences larges et vari\u00e9es.<br>\nL\u2019histoire scientifique, qui a pour but l\u2019explication du pass\u00e9 des \nhommes, nous permet \u00e9galement de comprendre l\u2019\u00e9volution actuelle des \nsoci\u00e9t\u00e9s humaines, ainsi que les grands probl\u00e8mes qui se posent \u00e0 ces \nderni\u00e8res et dont les causes s\u2019enracinent profond\u00e9ment dans le pass\u00e9. \nNous nous vu que \u00ab le pr\u00e9sent n\u2019est que le r\u00e9sultante temporaire, le \nr\u00e9sum\u00e9 actuel \u00bb de toute la s\u00e9rie des faits humains accomplis pendant \nles si\u00e8cles ant\u00e9rieurs et que, pour le bien comprendre, la connaissance \ndu pass\u00e9 est donc indispensable \u00bb (26).<br>\nScience exp\u00e9rimentale, la synth\u00e8se historique, qui ne peut gu\u00e8re \nprocurer la certitude absolue que donnent les sciences math\u00e9matiques, \npeut cependant mener \u00e0 des probabilit\u00e9s plus ou moins voisines de la \ncertitude, dont on peut tirer grand parti dans la conduite de la vie. \nElle offre aux hommes et aux soci\u00e9t\u00e9s une assez riche vari\u00e9t\u00e9 \nd\u2019exp\u00e9riences sociales, des permanences, des constantes et des v\u00e9rit\u00e9s \nhistorique assez \u00e9videntes, pour que ses enseignements, malgr\u00e9 ce qu\u2019ils\n ont de relatif et de conjectural, leur soient toujours de plus haut \nprix.<br>\nSi les le\u00e7ons de l\u2019histoire n\u2019ont pas un caract\u00e8re dogmatique, les \nappr\u00e9ciations auxquelles donnent lieu les faits historiques ont \ncertainement un int\u00e9r\u00eat pratique, en ce sens qu\u2019elles contiennent des \nenseignements dont les individus et les nations peuvent tirer profit. \nEcole d\u2019exp\u00e9riences concr\u00e8tes, l\u2019histoire nous fait b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019une \nconnaissance exp\u00e9rimentale de l\u2019humanit\u00e9, plus large et plus vari\u00e9e que \nnos observations personnelles.<br>\nMalheureusement, l\u2019exp\u00e9rience d\u2019autrui ne profite jamais \u00e0 personne, \u00ab \nparce qu\u2019on se croit d\u2019une autre nature que les autres \u00bb. Bien qu\u2019en \nhistoire, comme en politique, la v\u00e9rit\u00e9 soit une v\u00e9rit\u00e9 de fait et non \nune v\u00e9rit\u00e9 rationnelle, nous voyons trop souvent, dans le temps et \nl\u2019espace, le r\u00e9el faire place \u00e0 l\u2019esprit de chim\u00e8re, \u00e0 des doctrines, \ndes id\u00e9ologies et des mystiques qui, fond\u00e9es sur des observations, n\u2019ont\n aucun rapport avec la r\u00e9alit\u00e9 positive et font tant de d\u00e9g\u00e2ts dans le \nmonde.<br>\n\u00ab Ce que tu as h\u00e9rit\u00e9 de tes p\u00e8res, dit Goethe, acquiers-le pour le \nposs\u00e9der \u00bb. Commentant cette citation, l\u2019historien allemand Droysen \nobserve que \u00ab quelle que soit la richesse de l\u2019h\u00e9ritage (national) qui \nnous \u00e9choit sans autre formalit\u00e9, nous le poss\u00e9dons comme si nous ne le \nposs\u00e9dions pas, aussi longtemps que nous ne l\u2019avons pas acquis par un \ntravail personnel, ni reconnu pour ce qu\u2019il est, pour le fruit du \ntravail incessant de ceux qui ont \u00e9t\u00e9 avant nous \u00bb. Et l\u2019historien \nitalien Villari, qui exprime la m\u00eame id\u00e9e en d\u2019autres termes, conclut : \u00ab\n Le po\u00e8te nous r\u00e9v\u00e8le les multiples \u00e9l\u00e9ments id\u00e9aux de notre nature, \nl\u2019historien nous r\u00e9v\u00e8le tous \u00e9l\u00e9ments r\u00e9els, dont notre esprit s\u2019est \nvraiment form\u00e9 peu \u00e0 peu, \u00e0 travers les si\u00e8cles \u00bb.<br>\n\u00ab L\u2019utilit\u00e9 principale de l\u2019histoire est de montrer les cons\u00e9quences des\n actes sociaux, les r\u00e9actions et les r\u00e9percussions multiples dont ils \nsont habituellement suivis, l\u2019influence du milieu sur les individus et \ncelle des \u00e9nergies individuelles sur le groupe tout entier\u2026 Elle put par\n cons\u00e9quent mettre les hommes en garde contre le danger des \nentra\u00eenements irr\u00e9fl\u00e9chie, des innovations subites, des actes violents, \ndes mesures l\u00e9gales qui oppriment les instincts g\u00e9n\u00e9raux de la nature \nhumaine ou blessent les tendances particuli\u00e8res de chaque groupe social\u2026<br>\n\u00ab Les applications pratiques que l\u2019on peut tirer de la connaissance des \nlois historiques resteront tr\u00e8s limit\u00e9es\u2026 La pr\u00e9tention de pr\u00e9voir les \n\u00e9v\u00e9nements particuliers sera donc toujours chim\u00e9rique.<br>\n\u2018Ce que l\u2019on pourra seulement d\u00e9terminer, ce sont les tendances \nnaturelles de l\u2019\u00e9volution sociale, les directions g\u00e9n\u00e9rales que suivent,\n dans leur \u00e9tat normal, les soci\u00e9t\u00e9s humaines, selon qu\u2019elles se \ntrouvent plac\u00e9es dans telles ou telles conditions; ce sont aussi les \nlimites dans lesquelles ces tendances peuvent varier sous l\u2019influence \ndes circonstances particuli\u00e8res et des volont\u00e9s individuelles. Ainsi \nrestreintes, les lois de l\u2019histoire peuvent encore fournir \u00e0 la \nsociologie et \u00e0 la politique d\u2019utiles indications\u2026<br>\n\u2013 \u00ab Le but des politiques pratiques, dit Stuart Mill, est d\u2019entourer une\n soci\u00e9t\u00e9 donn\u00e9e de plus grand nombre possible de circonstances \u00e0 \ntendances avantageuses et d\u2019\u00e9carter ou de neutraliser, autant qu\u2019il se \npeut, celles dont les tendances sont nuisibles. Une connaissance des \ntendances seules, sans nous permettre de pr\u00e9voir exactement ce r\u00e9sultat \ncombine, nous le permet dans une certaine mesure \u00bb.<br>\nA ce point de vue, les sciences sociologique et psychologique et la \ng\u00e9ographie scientifique ou humaine \u00ab peuvent \u00eatre d\u2019un grand secours \npour la v\u00e9rification et la confirmation des lois historiques \u00bb. \nL\u2019investigation et l\u2019explication g\u00e9ographiques peuvent faire comprendre,\n dans une certaine mesure, \u00ab les destin\u00e9es des groupes humains, les \nint\u00e9r\u00eats qui les divisent, les luttes qu\u2019ils se livrent, parfois m\u00eame \nles mobiles presque tyranniques qui inclinent leur volont\u00e9 dans une \ndirection plut\u00f4t que dans une autre. Ces donn\u00e9es g\u00e9n\u00e9rales sont \ninsuffisantes \u00e0 expliquer \u00ab le d\u00e9tail de l\u2019histoire, des \u00e9v\u00e8nements \npolitiques particuliers et des initiatives individuelles ; mais elles \nconstituent comme le soubassement explicatif des majeures vicissitudes \nhistoriques \u00bb.<br>\n2. Histoire et politique, ou pass\u00e9 et pr\u00e9sent.<br>\nFile de la g\u00e9ographie, qui est relativement stable, et des caract\u00e8res \nethniques, qui sont en principe permanents, l\u2019histoire scientifique, qui\n explique le pass\u00e9 des groupements sociaux (peuples ou nations), \u00e9claire\n \u00e9galement leur pr\u00e9sent et pr\u00e9figure, sinon les faits et les d\u00e9tails, du\n moins les lignes g\u00e9n\u00e9rales de leur \u00e9volution future, \u00ab Le v\u00e9ritable \nlivre d\u2019actualit\u00e9, \u00e9crit J. Bainville, est celui qui prend racine dans \nle pass\u00e9 et se prolonge dans l\u2019avenir \u00bb. Aussi, l\u2019histoire doit-elle \ndevenir \u00ab la sage conseill\u00e8re \u00bb des hommes d\u2019Etat.<br>\n\u00ab L\u2019histoire a commenc\u00e9 par \u00eatre de la vie ; la vie, c\u2019est l\u2019histoire \nqui se continue : dans la r\u00e9alit\u00e9, le pass\u00e9 et le pr\u00e9sent sont \nindissolubles. Aussi, l\u2019homme ne comprend bien son pr\u00e9sent que par son \npass\u00e9, son pass\u00e9 que d\u2019apr\u00e8s son pr\u00e9sent. L\u2019int\u00e9r\u00eat qu\u2019il porte \u00e0 \nl\u2019histoire na\u00eet de l\u2019int\u00e9r\u00eat qu\u2019il se porte \u00e0 lui-m\u00eame. La t\u00e2che de \nl\u2019historien est de nouer plus \u00e9troitement le pr\u00e9sent au passe, l\u2019avenir \nou pr\u00e9sent ; il doit vivre largement de la vie de son temps, et il ne \nressuscite le pass\u00e9 \u00e0 la chaleur de la vie pr\u00e9sente que pour en rendre \nle pr\u00e9sent plus f\u00e9cond et mieux pr\u00e9parer l\u2019avenir\u2026<br>\n\u00ab D\u2019autre part, on ne saurait nier que l\u2019histoire r\u00e9ponde \u00e0 des besoins \nprofonds et imm\u00e9diats\u2026 Elle satisfait, \u00e0 l\u2019origine, une sorte d\u2019instinct\n vital, qui est commun aux peuples et aux individus et qui tend, pour \nainsi dire, \u00e0 enraciner et \u00e0 perp\u00e9tuer leur \u00eatre moral\u2026 La lecture des \nvoyages a son utilit\u00e9 pratique : elle aide \u00e0 voyager ; et de m\u00eame \nl\u2019\u00e9tude du pass\u00e9 a des avantages franchement utilitaires elle aide \u00e0 \nvivre. On ne s\u2019y reconna\u00eetrait pas dans l\u2019existence, on ne comprendrait \nrien aux \u00e9v\u00e9nements, \u00e0 plus forte raison on serait incapable d\u2019y jouer \nun r\u00f4le utile, d\u2019y prendre une part dirigeante, si l\u2019on ne savait relier\n et comparer le pr\u00e9sent au pass\u00e9. Ca n\u2019est que par l\u2019histoire qu\u2019on est \nvraiment l\u2019homme de sa g\u00e9n\u00e9ration, le citoyen de son pays, un membre de \nl\u2019humanit\u00e9 \u00bb.<br>\n\u00ab L\u2019exp\u00e9rience est la seule technicit\u00e9 de la politique \u00bb. Or, notre \nexp\u00e9rience personnelle, si grande soit-elle, est presque insignifiante \npar rapport \u00e0 celle des g\u00e9n\u00e9rations qui nous est pr\u00e9c\u00e8des au cours des \nsi\u00e8cles ant\u00e9rieurs. Aussi, l\u2019histoire, grand r\u00e9servoir d\u2019exp\u00e9riences \nconcr\u00e8tes, est-elle une v\u00e9ritable \u00e9cole politique. \u00ab Un homme d\u2019Etat qui\n ne conna\u00eet pas l\u2019histoire, dit J. Bainville, c\u2019est un m\u00e9decin qui n\u2019est\n all\u00e9 ni \u00e0 l\u2019h\u00f4pital ni \u00e0 la clinique, qui n\u2019a \u00e9tudi\u00e9 ni les cas ni les \npr\u00e9c\u00e9dents \u00bb.<br>\nSeule, en effet, la connaissance historique nous am\u00e8ne \u00e0 d\u00e9couvrir, dans\n les \u00e9v\u00e9nements actuels en apparence les plus distincts et les plus \ncomplexes, le secret de leurs combinaisons et de leurs r\u00e9actions \nactuelles, en d\u00e9gageant les rapports ou causes qui les d\u00e9terminent. \u00ab \nC\u2019est en appliquant aux probl\u00e8mes de la politique des constances et les \nconcordances de l\u2019histoire (qu\u2019on) en d\u00e9couvre, avec les v\u00e9ritables \ndonn\u00e9es, le lien, la jointure, la solution \u00bb. A ce point de vue, J. \nBainville va jusqu\u2019\u00e0 dire que \u00ab par l\u2019\u00e9tude, par l\u2019esprit d\u2019observation \net d\u2019analyse, on peut devenir proph\u00e8te \u00bb.<br>\nPour atteindre cet objectif mirifique, acc\u00e9der \u00e0 la connaissance du \npr\u00e9sent et \u00e0 la vision de l\u2019avenir, la t\u00e2che de l\u2019homme politique, comme\n celle de l\u2019historien, consiste, en premier lieu, \u00e0 survoler les \n\u00e9v\u00e9nements. Sans larges perspectives, les r\u00e9alit\u00e9s du pr\u00e9sent, comme \ncelles du pass\u00e9, restent insaisissables ou incompr\u00e9hensibles : \u00ab en \nhistoire, en politique, comme \u00e0 la guerre, c\u2019est le meilleur proc\u00e8de \nd\u2019observation \u00bb.<br>\nEn second lieu, l\u2019homme politique, comme l\u2019historien, s\u2019applique \u00e0 \nd\u00e9couvrir les donn\u00e9es et les proportions des probl\u00e8mes ou des \n\u00e9v\u00e9nements, leur infrastructure, leur encha\u00eenement logique, les \u00e9l\u00e9ments\n divers qui s\u2019y combinent, les r\u00e9actions mutuelles qu\u2019ils provoquent, et\n \u00e0 d\u00e9gager, en les distinguant, les causes profondes ou lointaines qui \nles d\u00e9terminent et les causes apparentes ou imm\u00e9diates qui les \nd\u00e9clenchent.<br>\nAinsi \u00e9clair\u00e9s, les divers probl\u00e8mes que pose l\u2019\u00e9volution actuelle des \ngroupes sociaux pourraient recevoir une solution plus ou moins \nappropri\u00e9e. En cons\u00e9quence, les lois \u00e9tablies par les hommes, les \ntransformations politiques, \u00e9conomiques et sociales qu\u2019ils \u00e9dictent, \ndoivent, pour \u00eatre heureuses et durables, s\u2019adapter aux n\u00e9cessit\u00e9s du \nmilieu ext\u00e9rieur et tenir compte des tendances naturelles de la soci\u00e9t\u00e9 \u00e0\n laquelle elles s\u2019appliquent et des limites de ces tendances. Il faut \nencore tenir compte des caract\u00e8res ethniques h\u00e9r\u00e9ditaires de cette \nsoci\u00e9t\u00e9, lesquels sont les \u00ab moteurs \u00bb principaux de ses actions.<br>\nOn doit donc rechercher, dans le pass\u00e9 des peuples, comment ceux-ci \u00ab \ns\u2019\u00e9taient conduits dans des circonstances analogues, et non dans les \ncirconstances de la vie courante\u2026 (C\u2019est pendant les grands \u00e9v\u00e9nements \nque) l\u2019\u00e2me de la race surgit avec tous ses instincts et domine l\u2019\u00e2me \nform\u00e9e par les n\u00e9cessit\u00e9s de chaque jour. Si donc vous voulez pressentir\n les r\u00e9actions mentales d\u2019un peuple, \u00e9tudies d\u2019abord l\u2019influence de son \n\u00e2me ancestrale dans les graves circonstances de son histoire. Ces \npuissances ataviques, n\u2019apparaissant que dans les grands \nbouleversements, restent, en temps ordinaire, m\u00e9connues \u00bb.<br>\nA ce point de vue, \u00ab il faut soigneusement distinguer les foules \ncroyantes des foules agissantes. Une foule est incapable de formuler un \ncredo : elle re\u00e7oit des meneurs, habituels ou accidentels, la formule de\n sa foi. Mais une foule peut fort bien, sinon inventer, du moins \nmodifier une consigne. Quand elle passe \u00e0 l\u2019action, la contagion du cri \net du mouvement r\u00e9tr\u00e9cit violemment les consciences au profit de \nr\u00e9actions aussi brutales que simples, et peut transformer une cohue de \ncitoyens inoffensifs en une horde de sauvages\u2026 C\u2019est l\u2019histoire de tous \nles mouvements populaires depuis les Jacqueries jusqu\u2019aux gr\u00e8ves les \nplus r\u00e9centes \u00bb.<br>\nL\u2019adh\u00e9sion profonde et durable des peuples ne s\u2019obtient que si l\u2019action \npolitique de leurs dirigeants correspond, non seulement \u00e0 leurs v\u0153ux et \u00e0\n leurs d\u00e9sirs du moment, mais aussi aux aspirations profondes et \nataviques de leur \u00e2me, \u00e0 leurs int\u00e9r\u00eats r\u00e9els et \u00e0 leurs traditions \nv\u00e9ritables, qui sont une infrastructure de leur vie et de leur \u00e9volution\n normale et qui ne peuvent \u00eatre vaincus ou supprimes par la seule force \ndes d\u00e9cisions politiques. \u00ab Les transformations sociales \u00e0 coups de \nd\u00e9crets, si souvent tent\u00e9es par des politiciens autoritaires et \nsimplistes, aboutissent toujours \u00e0 des d\u00e9sastres\u2026 Une nation ne se \ntransforme pas avec des lois. Ses progr\u00e8s r\u00e9sultent de l\u2019\u00e9volution des \n\u00e2mes \u00bb (G. Lebon).<br>\nAussi, pour conna\u00eetre \u00e0 l\u2019avance, plus ou moins exactement, la conduite \nd\u2019un peuple vis-\u00e0-vis d\u2019un \u00e9v\u00e9nement. Ses tendances naturelles et les \nlimites de celles-ci, convient-il de ne pas trop tabler sur son \ncomportement dans la vie courante, sur des discours suscit\u00e9s par une \npropagande habile ou sur des manifestations populaires artificielles et \nplus ou moins orchestr\u00e9es, qui excitent les passions des foules mais \ndont les effets sont g\u00e9n\u00e9ralement superficiels et passagers.<br>\nDans ce domaine, \u00ab on ne doit attacher d\u2019importance \u00e0 une opinion qu\u2019en \nfonction de a dur\u00e9e \u00bb. Or, \u00ab les foules sont romanesques et \nsentimentales \u00bb, \u00e9motives et instables, et leurs opinions ou leurs v\u0153ux,\n tr\u00e8s souvent fondes sur des sentiments \u00e9chauff\u00e9s ou sur une imagination\n surexcit\u00e9e, sont g\u00e9n\u00e9ralement capricieux et variables. La multitude \nmanifeste toujours la m\u00eame \u00ab fausse joie \u00e0 la naissance, \u00e0 l\u2019av\u00e8nement \net \u00e0 la chute de tous les princes \u00bb.<br>\n3. L\u2019histoire et les progr\u00e8s de la science moderne.<br>\nBeaucoup de gens s\u2019imaginent que les progr\u00e8s scientifiques et les \ninventions techniques ayant profond\u00e9ment modifi\u00e9 les conditions \nd\u2019existence des nations modernes, celles-ci n\u2019auraient plus rien de \ncommun avec les soci\u00e9t\u00e9s et les civilisations des temps anciens et que, \ndu fait de cette transformation, l\u2019\u00e9tude du pass\u00e9 ne pourrait gu\u00e8re \n\u00e9clairer le pr\u00e9sent, et encore moins l\u2019avenir.<br>\nCette opinion n\u2019est judicieuse qu\u2019en apparence. En r\u00e9alit\u00e9, aujourd\u2019hui \ncomme hier, l\u2019action des lois de la nature et de la vie, c\u2019est-\u00e0-dire de\n la g\u00e9ographie et de l\u2019histoire, demeure pr\u00e9pond\u00e9rante. Les \ncivilisations du pass\u00e9 vivent toujours en nous, m\u00eame si leurs vestiges \nmat\u00e9riels sont enfouis, disparus ou transformes, et les civilisations \nactuelles plongent leurs racines dans le pass\u00e9 proche et lointains. \nConscients de ces v\u00e9rit\u00e9s sup\u00e9rieures, les hommes d\u2019aujourd\u2019hui ont une \nr\u00e9elle soif de mieux conna\u00eetre leur pass\u00e9 enseveli, pour mieux \ncomprendre leur pr\u00e9sent et orienter leur avenir.<br>\nLa vie et l\u2019activit\u00e9 humaines, tant dans le pr\u00e9sent que dans le pass\u00e9, \nsont gouvern\u00e9es, moins par les connaissances acquises, les moyens \nmat\u00e9riels dont les hommes disposent ou la logique rationnelle, que par \u00ab\n l\u2019ensemble des dons inn\u00e9s de l\u2019individu \u00bb, de ses \u00ab dispositions \nactives et affectives \u00bb, de ses \u00ab comportements instinctifs \u00bb, en \nd\u2019autres termes par ses caract\u00e8res ethniques h\u00e9r\u00e9ditaires, \u00e9l\u00e9ments \npsychiques et dispositions mystiques et collectives, plus sentimentaux \nque rationnels, et qui, fa\u00e7onn\u00e9s et mod\u00e8les par l\u2019h\u00e9r\u00e9dit\u00e9 et le milieu \nphysique, sont relativement permanents. Ce sont ces facteurs \npsychologiques et moraux qui sont les \u00ab moteurs \u00bb principaux des actions\n humaines, depuis les origines. Aussi, a-t-on justement dit que \nl\u2019histoire, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019\u00e9volution pass\u00e9e des hommes, c\u2019est de la \u00ab \npsychologie en actes \u00bb. On doit en dire de m\u00eame de l\u2019activit\u00e9 humaine \ndans le pr\u00e9sent.<br>\nIl en est autrement des \u00e9l\u00e9ments acquis ou sociaux qui ne surajoutent \naux caract\u00e8res ethniques h\u00e9r\u00e9ditaires, tels que l\u2019instruction, les \nconnaissances scientifiques et techniques, les habitudes et coutumes \nsociales, le genre de vie, et en g\u00e9n\u00e9ral toutes les manifestations \nmat\u00e9rielles et ext\u00e9rieures de l\u2019intelligence et de l\u2019activit\u00e9 humaines, \nen y ajoutant m\u00eame la langue, la religion, la civilisation, les \ninstitutions, etc. Externes et superficiels, ces divers \u00e9l\u00e9ments sont \ndes \u00ab comportements appris \u00bb depuis la naissance. Intransmissibles par \nl\u2019h\u00e9r\u00e9dit\u00e9, ils sont essentiellement variables et n\u2019influencent \nqu\u2019accidentellement ou exceptionnellement la conduite des \u00eatres humains.<br>\n\u00ab Les connaissances sont pour peu dans le caract\u00e8re et restent comme \u00e0 \nla surface \u00bb (H. Marion). \u00ab Le progr\u00e8s n\u2019est pas dans les cerveaux, il \nest dans les conditions de l\u2019existence\u2026 Le capital des connaissances \ns\u2019est prodigieusement accru ; la facult\u00e9 de comprendre semble \u00eatre \nrest\u00e9e immuable \u00bb (H. S\u00e9billet). \u00ab Si l\u2019intelligence a progress\u00e9 dans le\n cours des \u00e2ges, les Sentiments gouvernant les hommes sont rest\u00e9s \ninchang\u00e9s\u2026 Aucune culture n\u2019efface les instincts ancestraux\u2026 Les \ninstitutions, la religion, l\u2019\u00e9ducation sont impuissantes \u00e0 modifier les \nsentiments h\u00e9r\u00e9ditaires \u00bb (G. Leben).<br>\n\u00ab Les crimes collectives, \u00e9crit R. Grousset, les mystiques raciales ou \nsociales, qui viennent de ravager et ravagent encore le monde sur de si \nvastes secteurs, nous montrent \u00e0 quel point l\u2019animalit\u00e9 humaine peut \nencore, comme la lave d\u2019un volcan mal \u00e9teint, faire irruption \u00e0 travers \nle d\u00e9cor de surface de l\u2019intellectualit\u00e9 humaine\u2026 La moindre \nperturbation politique ou sociale, \u2014 guerre, r\u00e9volution, \u2014 laisse fuser,\n sous la mince pellicule de nos civilisations officielles, la lave de la\n sauvagerie primitive. Grattez le civilis\u00e9, vous trouverez le pal\u00e9o \nlithique \u00bb.<br>\nEn conclusion, \u00ab il n\u2019y a pas de politique nouvelle, note J. Bainville\u2026 \nLes hommes d\u2019autrefois ressemblaient \u00e0 ceux d\u2019aujourd\u2019hui, et leurs \nactions avaient des motifs pareils aux n\u00f4tres\u2026 Ni le chemin de fer, ni \nle t\u00e9l\u00e9graphe n\u2019ont modifi\u00e9 les hommes ni la fa\u00e7on de poser sur les \nsentiments et la volont\u00e9 des hommes. Il est m\u00eame faux de dire que la \nfa\u00e7on dont les questions se posent dans le monde d\u2019aujourd\u2019hui soit \ndiff\u00e9rente de la fa\u00e7on dont elles se posaient jadis\u2026 Pour un m\u00eame pays, \nles situations se repr\u00e9sentent exactement semblables \u00e0 elles-m\u00eames \u00e0 \ntravers les si\u00e8cles\u2026 Le nombre des combinaisons des faits et des \n\u00e9v\u00e9nements politiques est limit\u00e9, comme celui des id\u00e9es entre lesquelles\n l\u2019esprit humain a le choix\u2026 (Les probl\u00e8mes pos\u00e9s par notre si\u00e8cle) sont\n vieux comme les passions humaines et remontent \u00e0 l\u2019origine des peuples \n\u00bb.<br>\nAussi, est-ce une erreur de croire que, notre \u00e9poque \u00e9tant \u00ab le temps \ndes technocrates \u00bb, ce sont les sp\u00e9cialistes, les techniciens, les \nprofesseurs, ing\u00e9nieurs, universitaires, etc. qui sont appel\u00e9s \u00e0 prendre\n les leviers de commande de l\u2019\u00e9conomie et de la politique, \u00e0 remplacer \nles capitalistes, hommes d\u2019affaires, \u00ab managers \u00bb, hommes politiques, \u00e0 \nla t\u00eate des entreprises, des Etats et de leurs grands services. \u00ab Les \nid\u00e9es fixes des sp\u00e9cialistes sont redoutables \u00bb, \u00e9crit C. Lebon. \u00ab Toute\n l\u2019exp\u00e9rience de la guerre a v\u00e9rifi\u00e9\u2026 que, si les sp\u00e9cialistes sont \nindispensables pour ex\u00e9cuter un travail, il ne faut jamais leur confier \nla direction d\u2019un service. Ils ont, de par leur sp\u00e9cialisation m\u00eame, des\n vues trop \u00e9troites pour concevoir l\u2019ensemble d\u2019une organisation \u00bb. Ils \nse d\u00e9gagent rarement de leurs id\u00e9es pr\u00e9con\u00e7ues.<br>\nD\u2019ailleurs, les non-sp\u00e9cialistes ayant prouv\u00e9 leur talent d\u2019organisation\n et leurs aptitudes \u00e0 l\u2019organisation et \u00e0 l\u2019administration des services \ncompliqu\u00e9s, s\u2019entourent g\u00e9n\u00e9ralement de personnes susceptibles de les \nrenseigner en mati\u00e8re technique. Ils peuvent du reste \u00eatre sortis \neux-m\u00eames des grandes \u00e9coles. 4. Inexorabilit\u00e9 des lois de l\u2019histoire.<br>\nSi les hommes ne tiennent g\u00e9n\u00e9ralement pas compte des lois historiques \net des le\u00e7ons qu\u2019ils pourraient en tirer, c\u2019est qu\u2019ils en ignorent \nprobablement l\u2019existence ou qu\u2019ils les consid\u00e8rent comme d\u00e9pourvues de \nsanctions r\u00e9elles. Cette ignorance et cette m\u00e9connaissance tiennent \nsurtout \u00e0 ce que l\u2019action des lois de l\u2019histoire, comme celle des lois \nde la nature et de la vie, est g\u00e9n\u00e9ralement invisible et tr\u00e8s souvent \ntardive, et que la m\u00e9moire des hommes est malheureusement tr\u00e8s courte. \nLes faits du pass\u00e9 prouvent suffisamment que la violation de ces lois ne\n reste pas impunie, et que toute \u0153uvre humaine \u00e9chafaud\u00e9e en contrari\u00e9t\u00e9\n avec elle est t\u00f4t ou tard renvers\u00e9e ou d\u00e9truite. \u00ab Les revanches des \nfaits physiques contrari\u00e9s sont d\u2019autant plus cruelles que la conqu\u00eate \nhumaine avait \u00e9t\u00e9 grandiose et glorieuse \u00bb.<br>\n\u00ab Cette incapacit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale \u00e0 comprendre la force des lois de la nature \net de la vie tient sans doute \u00e0 ce qu\u2019elles n\u2019agissent qu\u2019au bout d\u2019un \ncertain temps\u2026 Le visible imm\u00e9diat cache l\u2019invisible lointain, mais \ninexorable \u00bb (G. Lebon).<br>\nD\u2019autre part, les lois qui r\u00e9gissent le monde physique et le monde de la\n vie \u00ab sont silencieuses. Elles n\u2019avertissent pas ceux qui les \ntransgressent, mais elles les d\u00e9truisent. Aucun \u00eatre ne viole impun\u00e9ment\n les lois de la vie \u00bb (A. Carrel).<br>\nAussi, les transformations politiques, \u00e9conomiques, sociales, etc., qui \ncontrarient les lois de la nature et de la vie, sont-elles al\u00e9atoires et\n aboutissent toujours \u00e0 des \u00e9checs et souvent \u00e0 des d\u00e9sastres. Tout \neffort entrepris dans des conditions anormales \u00ab subit t\u00f4t ou tard la \nloi du retombement \u00bb, avec ce que cette chute comporte de ruines et de \nmis\u00e8res.<br>\nIII. Conclusion.<br>\nL\u2019histoire est intelligible, gr\u00e2ce \u00e0 la connaissance des causes \ng\u00e9n\u00e9rales ou lois historiques qui gouvernent le d\u00e9veloppement successif \ndes soci\u00e9t\u00e9s humaines. Pour rechercher et d\u00e9couvrir ces lois, l\u2019histoire\n scientifique combine l\u2019\u00e9rudition historique, la m\u00e9thode synth\u00e9tique et \nla sp\u00e9culation philosophique. Comme les lois naturelles, les lois \nhistoriques \u00ab \u00e9clairent les \u00e9v\u00e9nements sans les n\u00e9cessiter \u00bb. Elles se \nd\u00e9gagent des manifestations successives de l\u2019activit\u00e9 humaine, des faits\n habituels ou r\u00e9guliers, consid\u00e9r\u00e9s dans une vue d\u2019ensemble et dans leur\n encha\u00eenement logique et continu. Les causes g\u00e9n\u00e9rales qui influent \nprincipalement sur le d\u00e9veloppement des soci\u00e9t\u00e9s sont : le milieu \ng\u00e9ographique et les caract\u00e8res ethniques h\u00e9r\u00e9ditaires ; ces derniers, \nqui sont plus ou moins fa\u00e7onn\u00e9s et model\u00e9s par les conditions physiques \nde l\u2019habitat, sont relativement permanents.<br>\nLe d\u00e9terminisme historique est r\u00e9el, mais non absolu. Apparente ou \nr\u00e9elle, la libert\u00e9 humaine joue toujours un r\u00f4le plus ou moins important\n dans le d\u00e9veloppement des soci\u00e9t\u00e9s. Cependant, l\u2019action des forces \nnaturelles, plus puissante et plus constante que l\u2019activit\u00e9 humaine, \noppose \u00e0 celle-ci des boranes et des obstacles qui en restreignent \nl\u2019\u00e9tendue.<br>\nScience exp\u00e9rimentale et conjecturale, la synth\u00e8se historique peut mener\n \u00e0 des probabilit\u00e9s plus ou moins voisines de la certitude. Elle permet \nde d\u00e9celer, dans l\u2019\u00e9volution historique des soci\u00e9t\u00e9s, des permanences ou\n constantes, des v\u00e9rit\u00e9s sup\u00e9rieures, qui sont du plus haut prix dans la\n conduite de la vie. Elle nous fait b\u00e9n\u00e9ficier d\u2019une connaissance \nexp\u00e9rimentale de l\u2019humanit\u00e9 plus large et plus vari\u00e9e que nos \nobservations personnelles. Les lois historiques fournissent \u00e0 la \nsociologie et \u00e0 la politique d\u2019utiles indications.<br>\nEcole politique, la science historique doit devenir \u00ab la sage \nconseill\u00e8re des peuples \u00bb. Elle applique le pass\u00e9, \u00e9claire le pr\u00e9sent et\n pr\u00e9figure les lignes g\u00e9n\u00e9rales de l\u2019avenir. \u00ab C\u2019est le grand avantage \ndes historiens ou des sociologues sur les hommes politiques ou les \njournalistes de toujours ramener le pr\u00e9sent \u00e0 ses justes proportions \u00bb.<br>\nLa science et la technique est certainement transform\u00e9 le monde de notre\n \u00e9poque ; mais l\u2019homme lui-m\u00eame, auteur de ces transformations, n\u2019a pas \nchang\u00e9 dans ses instincts profonds, qui sont toujours ceux des hommes \nanciens, et l\u2019aspect humain des probl\u00e8mes politiques et sociaux \nd\u2019aujourd\u2019hui ne s\u2019est gu\u00e8re modifi\u00e9 depuis les origines. L\u2019\u00e9volution \ndes soci\u00e9t\u00e9s humaines, dans le pass\u00e9 comme dans le pr\u00e9sent, est \ngouvern\u00e9e, moins par les connaissances acquises, la logique discursive \nou rationnelle, \u00e9l\u00e9ments externes et variables, que par les caract\u00e8res \ninn\u00e9s, les comportements instinctifs, \u00e9l\u00e9ments internes, h\u00e9r\u00e9ditaires et\n comportements instinctifs relativement permanents. \u00ab Les hommes \nd\u2019autrefois ressemblaient \u00e0 ceux d\u2019aujourd\u2019hui et leurs actions avaient \ndes motifs pareils aux n\u00f4tres \u00bb.<br>\nEnfin, les lois de l\u2019histoire, comme celles de la nature et de la vie, \nsont invisibles et silencieuses ; mais elles ne sont jamais viol\u00e9es \nimpun\u00e9ment.<br>\nConstantes et V\u00e9rit\u00e9s historiques.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>I. L\u2019histoire con\u00e7ue comme science. L\u2019histoire peut \u00eatre d\u00e9finie comme la repr\u00e9sentation actuelle, sous forme de narration ou d\u2019expos\u00e9 syst\u00e9matique, des faits humains accomplis dans le pass\u00e9. Cette perspective justifie les questions suivantes : l\u2019histoire est-elle intelligible ? Peut-elle prendre un caract\u00e8re scientifique ? 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